La civilisation de la peur : nous y sommes

par Lyon Rébellion
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Bad trip. Cauchemar. Mauvais film…

Trois milliards de personnes contraintes au confinement pour cause de pandémie à coronavirus… Dans chaque état, des moyens de lutte sanitaire insuffisants, à flux tendus ou largement débordés, faute d’anticipation; ce, malgré les nombreuses mises en garde de l’OMS au regard des 650 000 décès dans le monde associés chaque année aux affections respiratoires dues à la grippe saisonnière. Déjà en 2015, le Dr Peter Salama, (Directeur exécutif du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire) alertait : le monde doit se préparer à d’éventuelles pandémies de plus grande ampleur. Manifestement il n’a pas été entendu.

La crise sanitaire actuelle est sans précédent : nouveau virus, pas de vaccin, pas de traitement ; un profil épidémiologique incertain : hormis la contagiosité importante de ce nouveau coronavirus, il est pour l’heure impossible de définir sa létalité (nombre de décès rapporté au nombre réel de personnes contaminées) de manière précise à l’échelle mondiale. Outre que les tests ne sont pas systématiquement pratiqués sur tous les sujets symptomatiques, il existe quantité de sujets contaminés mais asymptomatiques. Les données émanant des services de soins intensifs dédiés au Covid-19 ne portent que sur les sujets hospitalisés. Quelle part représentent ces derniers sur l’ensemble des contaminés potentiels, ne serait-ce qu’à l’échelle de la France ? Nul ne le sait, faute de dépistage et de traçage systématique, variable selon les pays.

Bref. Tout cela pour dire que, pour l’heure, on est dans le noir total. Les données brutes, sans cesse actualisées, de l’Université Johns Hopkins ne traduisent pas la réalité : les chiffres annoncés sont forcément sujets à caution. Seules les courbes logarithmiques et les diagrammes d’augmentation quotidienne des cas, pays par pays, présentent un intérêt pour apprécier – autant que faire se peut – la tendance évolutive de la pandémie. C’est mieux que rien. Une façon pour certains d’entrevoir le bout du tunnel.

Ce qui est sûr par contre c’est que nos mentalités et le fonctionnement de nos sociétés modernes connaîtront un « avant » et un « après » Covid-19. Songez qu’il y a trois semaines à peine, nombreux parmi nous se préoccupaient encore de savoir s’il leur fallait changer leur Smartphone aux coins arrondis par un autre aux coins carrés… On est passé d’un coup d’un seul de la préoccupation futile et dérisoire, à la préoccupation vitale : vais-je réchapper à l’hécatombe ?… La civilisation de la peur est à présent notre réalité. Une peur nourrie, ostensiblement entretenue depuis des années (le terrorisme, le changement climatique, les risques de guerre…), une peur largement relayée par les médias en quête d’audience, habiles à réunir des plateaux « d’experts » en tous genres, inutilement bavards. Surtout une peur qui ne fait que renforcer notre espérance en l’État providence, qui nous amène à souhaiter davantage de rigueur pour le confinement, davantage de contrôle, davantage de surveillance. Une peur qui nous fait accepter la restriction de nos libertés individuelles au nom d’une sauvegarde légitime de l’humanité toute entière. Oui, nous voilà prêts à concevoir que des drones survolent nos têtes, que des opérateurs livrent toutes nos données aux autorités, que des processus de reconnaissance faciale nous identifient, que nos moindres déplacements soient surveillés, que l’intelligence artificielle soit plébiscitée pour une meilleure efficience décisionnelle. Et oui, si demain des robots remplacent les forces de l’ordre chargées du respect des contraintes, ou les médecins chargés de nous examiner, nous serons à même de les accepter, de les intégrer à nos modes de vie, de les trouver indispensables, voire de les réclamer. Dès lors conditionnés pour vivre dans un état d’exception, chacun espérera être « validé », reconnu comme « bon sujet », ainsi qu’en témoignera l’icône de couleur verte affichée sur nos Smartphone.

Certes nous vaincrons le Coronavirus actuel et probablement les autres à venir. Mais qu’en sera-t-il de nos libertés individuelles après le dé-confinement, dès lors que nous auront été conditionnés pour vivre dans la peur et sous contrôle permanent ?

Prenez soin de vous… et des autres !

Par Jean-Noël Ropion

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